Communications des lauréats de prix
Réactions de Rivi Frankle, vice-rectrice adjointe, Relations avec les diplômés et les intervenants de la University of Toronto et lauréate 2010 du Prix de la Financière Manuvie pour services insignes
Tout d’abord, je tiens à remercier le CCAE et, bien sûr, la Financière Manuvie pour leur commandite du Prix Financière Manuvie pour services insignes. J’ai d’autres personnes à remercier, mais je le ferai à la fin de mon allocution.
Quand j’ai appris qu’on me décernait ce prix, mon premier réflexe a été de dire à mes amis et collègues à quel point j’étais ravie de cet honneur, mais aussi de faire au moins preuve d’une certaine dose d’humilité en disant, comme la plupart des lauréats de prix, que je ne méritais pas vraiment cet honneur.
Après tout, ma carrière, comme celle de bien d’autres en avancement institutionnel, a été entièrement consacrée à faire en sorte que les projecteurs soient braqués sur les donateurs, les diplômés et les bénévoles. « Transformer les autres en héros », comme le disait mon ancien patron et précédent lauréat de ce prix, Jon Dellandrea
Puis, j’ai réfléchi un moment et j’ai réalisé qu’en fait, je le mérite vraiment. Et même si je suis enchantée de la reconnaissance qui m’échoit et absolument ravie d’accepter ce prix, je ne le fais pas pour les raisons auxquelles vous pensez.
Si je mérite ce prix, ce n’est pas pour mon travail à la University of Toronto. Et ce n’est pas non plus pour les succès obtenus par les programmes de collecte de fonds et de relations avec les diplômés de mon alma mater. C’est plutôt en raison des réalisations de toutes les personnes que j’ai embauchées, et auxquelles j’ai ensuite servi de mentor, tout au long de ma carrière. Et certaines de ces personnes sont la raison de ma présence ici ce soir. Ce sont ceux et celles qui ont proposé ma candidature. Et je les remercie de m’estimer suffisamment pour l’avoir fait. Mais j’en dirai plus long à leur sujet un peu plus tard.
Permettez-moi, pendant un moment, de me glisser dans un rôle que je m’étais juré de ne jamais endosser, celui de la professionnelle chevronnée qui émaille ses propos de « Je me souviens de l’époque où… ».
Pendant un instant, j’aimerais revenir aux années quatre-vingt. J’étais directrice du Centre des carrières de la University of Toronto quand le recteur de l’époque m’a demandé d’occuper, en plus, le poste de présidente bénévole de la campagne de Centraide sur le campus. Ce mandat, qui s’est échelonné sur une période de deux ans et qui a abouti à la création d’un secrétariat professionnel, m’a fait découvrir que j’aimais vraiment la collecte de fonds et le travail avec les bénévoles.
En ce temps-là à l’Université, la collecte de fonds était une activité de créneau dont s’occupaient un personnel réduit, une poignée d’administrateurs, quelques bénévoles, des diplômés et le recteur.
La précédente campagne de financement, tenue sous le thème très éloquent de « The Update Campaign », avait permis d’amasser un grand total de 25 millions.
Même si elle avait battu tous les précédents records de l’Université en matière de collecte de fonds, cette campagne était un effort ponctuel, mené totalement en marge de la vie du campus. Géographiquement parlant, ses bureaux installés au-dessus d’un magasin Tip-Top Tailor au coin de Spadina et College n’auraient pas pu être plus éloignés du campus, plus loin des yeux – et du cœur – de la communauté universitaire.
Quelques années plus tard, l’Université a pris prétexte d’une nouvelle campagne visant à amasser 100 millions de dollars pour élargir ses services de développement. En raison du rôle que j’avais joué à la direction de la campagne de Centraide, j’ai été nommée directrice des relations avec les diplômés.
Permettez-moi une digression qui servira à illustrer mon entrée officielle dans le domaine de l’avancement institutionnel et le chemin que nous avons parcouru depuis. À titre de directrice du Centre des carrières, j’avais eu comme mandat de coordonner le réaménagement d’un vieil édifice et le déménagement de tous les services aux étudiants de l’établissement dans le nouveau Koffler Student Services Centre. J’avais mon propre casque de chantier et j’ai passé un an avec les ouvriers chargés de la construction. En retour, ils ont fait en sorte que j’aie le meilleur bureau du campus. Ils l’ont même doté de moulures, d’un foyer, de meubles flambant neufs et de tous les gadgets électroniques imaginables! Un vrai palace! J’avais même un télécopieur (n’oubliez pas que c’étaient les années quatre-vingt). Ensuite, j’ai eu mon nouvel emploi et j’ai déménagé mes pénates dans un vieux bâtiment du campus : l’édifice des relations avec les diplômés. Dès le premier jour, en m’assoyant à mon nouveau bureau, j’ai commencé à tousser tellement il y avait de poussière. Puis, j’ai réalisé que le personnel se réduisait à deux personnes, tous les autres étant partis pour l’été, m’a-t-on appris (nous étions le 1er mai). Comme les activités liées aux relations avec les diplômés étaient au point mort durant l’été, personne ne travaillait entre mai et septembre. Ensuite, après avoir cherché en vain un ordinateur, j’ai demandé où je pourrais trouver la base de données sur les diplômés. On m’a alors remis une série de boîtes à chaussures remplies de fiches et indiqué quelques classeurs contenant le reste des fiches « A », comme on les appelait. Mon téléphone était un modèle à cadran et ne pouvait, de ce fait, être relié au système téléphonique central de l’Université. L’ancien directeur n’aimait pas les téléphones à clavier. Et finalement, quand j’ai remarqué vers la mi-juin une série de piqûres rouges autour de mes chevilles, on m’a dit que je ne devais pas m’en faire, que j’allais m’habituer… aux bestioles qui avaient élu domicile dans les vieux climatiseurs de fenêtre.
Presque tout a changé depuis trente ans dans le domaine de l’avancement universitaire. Mais dans une large mesure, presque rien n’a changé.
Certes, l’ampleur des dons que nous sollicitons a considérablement augmenté, tout comme le nombre de donateurs et de diplômés auxquels nous offrons des services après-don. Je me rappelle encore qu’un don de un million valait au donateur l’équivalent d’un défilé sous une pluie de serpentins sur le campus. La première fois que j’ai vu un chèque de ce montant, c’était en 1990, à Hong Kong. Le recteur de l’époque, Rob Prichard, et moi étions aussi excités que des enfants devant des cadeaux de Noël.
À cette époque, la gestion de la campagne se faisait à l’aide de fiches. Aujourd’hui, nous avons des tableaux de bord compatibles Internet. Avant, nous devions poster des cassettes VHS de la vidéo de la campagne et nous balader avec des téléviseurs portatifs munis de lecteurs vidéo. Aujourd’hui, nous envoyons des liens flash par courriel.
À l’époque toutefois, comme c’est encore le cas aujourd’hui, nous comptions sur les professeurs et les bénévoles comme ressource clé pour nos efforts sensibilisation. Nous comptions sur les diplômés pour qu’ils maintiennent nos liens avec notre communauté. Et nous comptions sur le personnel pour donner corps à notre mission institutionnelle, pour travailler sans relâche et pour donner la pleine mesure de leur intelligence, de leur perspicacité et de leur créativité dans leur travail.
Quand je repense à ma carrière, je suis très fière des relations à vie que j’ai établies ainsi que des amitiés que j’ai entretenues avec un grand nombre d’hommes et de femmes de talent qui occupent des postes de leadership dans des établissements d’enseignement partout au Canada et dans le monde.
Je suis aussi très fière de mon travail avec les bénévoles et les dirigeants de l’Université. Leur passion et leur détermination ont permis à cet établissement d’aller littéralement de succès en succès.
J’ai eu le privilège de travailler avec un grand nombre de recteurs, les derniers étant George Connell, Rob Prichard, Bob Birgeneau et David Naylor. J’ai aussi beaucoup appris en travaillant avec les plus sensationnels solliciteurs de fonds dans notre domaine : Gordon Cressy, Jon Dellandrea et maintenant David Palmer. Et les bénévoles et les donateurs que j’ai connus, comme Rose Wolfe, Bill Waters, Marcel Desautels, Wendy Cecil et David Peterson, continuent de m’inspirer.
Je veux encore une fois remercier tous les gens qui ont proposé ma candidature : Avon MacFarlane du Offord Group; Cathy Yanosik de l’Université York; Alison Holt du Greenwood College; Hal Koblin du C.D. Howe Institute; Barbara Track, Barbara Dick et Nancy Reid de la University of Toronto, et Suzanne Heft du Upper Canada College. Je suis si fière de vous tous et je vous remercie de tout mon cœur pour votre loyauté et votre amitié.
Je tiens également à remercier mes enfants, Ethan et Sasha Manes. Cette profession, comme vous le savez tous, peut monopoliser toutes vos énergies, et c’est pourquoi je veux les remercier de m’aider à être une personne plus équilibrée et d’être toujours là pour moi.
J’aimerais terminer en remerciant le CCAE qui a contribué à faire de l’avancement de l’éducation une profession dont les membres ont le privilège de jouer un rôle crucial dans le développement de nos établissements d’enseignement.
L’éducation et la recherche sont les deux plus importantes clés de l’avenir de notre pays. Essentielles à notre prospérité économique, elles soutiennent notre société civile et favorisent les arts.
L’avancement de l’éducation est crucial pour notre prospérité nationale, voire internationale. Je le dis parce que je suis quelqu’un qui travaille dans un établissement d’enseignement depuis 1965. Je le dis aussi parce que je suis quelqu’un qui a un intérêt à long terme dans l’avenir, en tant que nouvelle grand-maman. Quand je pense au passé et à l’avenir, je ne peux imaginer un cheminement de carrière plus épanouissant. Et je vous remercie pour ce prix merveilleux, au nom de tous ceux et celles qui, par leur travail acharné et leurs réalisations, ont permis mon propre succès.
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